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                                  « C’est  l’hiver »                                    


                    L’artiste Brigitte Laurendeau  est née à Marseille, a vécu à Paris, puis s’est installée depuis quelques années à Taulignan. Elle s’est mise tardivement à l’art.  Elle aime la littérature et s’amuse à faire rebondir les mots et les images, au point d’inviter dans son exposition une amie poétesse Caroline Dubois, par ailleurs Professeur d’Histoire de l’Art, et qui a publié plusieurs livres aux éditions POL. Cette dernière fera une lecture, le jour du vernissage, à côté  de sa longue broderie exécutée les jours d’insomnie, lorsque l’angoisse du monde s’impose trop. 

                                Une Nouvelle de Kafka  « Communication à une Académie »  est en partie à l’origine de l’exposition. Dans ce texte le narrateur est un singe, enfermé dans une cage. Le singe est traditionnellement l’animal qui symbolise l’artiste car il copie et singe la réalité. A l’Espace Ducros la cage qui  accueille le visiteur est vide, le singe est remplacé par  un miroir positionné dans son fond.

                               D’autres présences animales, surtout des mues d’insectes (araignées, cigales) ponctuent l’espace. Une grande photographie digigraphiée d’un corps sombre androgyne, couvert de plumes collées, impose sa stature de pythie resurgie d’un monde révolu et s’apprête à nous révéler de bons ou de mauvais augures. Des plumes blanches, il y en a  fixées aux dos d’insectes, mais aussi accrochées en ailes d’ange dans le dos de l’artiste photographiée, là en conversation avec une mante religieuse,  ailleurs avec un bourdon, mais ceux-là devenus alors aussi grands qu’un humain. Brigitte Laurendeau fait des performances dans son atelier, avec comme spectateurs privilégiés  des scorpions et des araignées qu’elle ne tue pas,  dont il ne reste que quelques photogrammes. Ces images étranges sont présentées dans des caissons lumineux. Leur lumière crée une impression fantastique et irréelle. Le monde est froid, c’est l’hiver, il faut parler aux animaux. Il faut réinventer.

                                    Nous sommes tous embarqués dans la réalité. Que faisons-nous de notre réalité ?  Nous sommes sommés de nous interroger ? L’exposition n’offre aucune réponse aux interrogations. Nous avons à apprendre, nous avons à être. Mais comment ? Que faire ? L’artiste est un buvard, au mieux  « un catalyseur de l’univers » pour

Antonin Artaud, mais qui dit aussi : « Jusqu’à maintenant, j’ai été un artiste, cela veut dire que j’ai été un homme mené. Il n’en est en effet pas douteux que du point de vue social les artistes sont des esclaves. » 

                               « entrepont » est un terme qui désigne sur un bateau               . Il est aussi, le haut et la bas, le noble et le vulgaire, le riche et le pauvre, le ciel et la terre, les animaux et les humains, le lourd et le léger…. Nous sommes embarqués dans un entre-deux  dans lequel une échelle, un lien, un relai sont à trouver. Le bateau (comme notre vie ?) s’il échoue est une épave. Il vaut mieux tendre la grand voile et tenir le large. C’est pour cela que la grand voile du bateau du père de l’artiste occupe une salle,  le vent en poupe bien sûr.  L’art permet une distance d’avec la réalité ( le social?) où peut se bâtir l’acte de penser et de poétiser  le monde et non de le subir, en somme d’acquérir la capacité de muer, de se transformer, d’apprendre la leçon de l’insecte, comme Diogène en devenant chien était devenu libre. Le tout est d’y parvenir comme  d’arriver à sortir une épave d’un étang gelé. Créer devient donc un acte politique.

                                           

                                                                          Françoise Vergier

                                                                                                   Août 2011